A.L.E.P.H. & CP-ALEPH Association pour L'Étude de la Psychanalyse et de son Histoire et le Collège de Psychanalystes de l'ALEPH

A.L.E.P.H. & CP-ALEPH

Association pour L'Étude de la Psychanalyse et de son Histoire et le Collège de Psychanalystes de l'ALEPH

 
 
 
 
 
 

Les dernières actualités A.L.E.P.H et CP-ALEPH

Actualites


Clinique du suicide
(1ère édition parue en 2002 dans la Collection Des Travaux et des Jours)

Préface de Darian Leader, psychanalyste à Londres.

"Pourquoi un être humain se donne-t-il la mort ?" Dés sa parution, Clinique du suicide s'est imposé comme une contribution essentielle à l'étude de cette question énigmatique qui convoque ici psychanalystes, philosophes, critiques littéraires et anthropologues.
Si le cadre de ces essais est psychanalytique, leur portée est incontestablement plus large. Les '' épidémies '' de suicide qui ont attiré l'attention du public ces dernières années - chez France Télécom en Europe, chez Toyota et d'autres entreprises en Asie - témoignent de ce changement radical de la vie moderne. L'individu en est réduit à n'être, sur le marché, qu'un agent de la compétition pour l'obtention de biens et de services. Les aspects de sa subjectivité qui ne peuvent devenir les acteurs d'aucune de ces opérations dites de '' ressources humaines '' font retour dans le réel sous la forme de suicides comme effets de la conception libérale moderne de la vie humaine. L'ironie de l'affaire est que, plus le suicide devient la chose à éviter à tout prix, plus régresse la compréhension réelle du suicide.
Le manque à savoir du sujet sur sa tentative de suicide rencontre celui des discours ambiants. Or, aider le sujet à élaborer ce savoir est un enjeu crucial, non seulement pour réduire les risques d'une récidive, mais aussi pour qu'il devienne le sujet de son expérience et établisse les bases d'un travail sur son histoire, en fait, sur la question de vivre elle-même. » Darian Leader


Geneviève Morel est psychanalyste, agrégée de mathématiques, ancienne élève de l'ENS, docteur en psychopathologie et psychiologie clinique.

Avec la participation de : Jacques Aubert, Jean Bollack, Sylvie Boudailliez, Lucile Charliac, Carine Decool, Emmanuel Fleury, Franz Kaltenbeck, Brigitte Lemonnier, Martine Menès, François Morel, Diana Rabinovich, Renata Salecl, Guillaume Vaiva, Léon Vandermeersch, Slavoj Žižek, Alenka Župancic.

Mise en vente le 26 août 2010

Clinique du suicide
Genevieve MOREL (@)
©2010
érès poche - Santé mentale
©2010
érès poche - Santé mentale -

ISBN : 978-2-7492-1258-6
EAN : 9782749212586
11 x 19 - 344 pages
14.00 €
(1ère édition parue en 2002 dans la Collection Des Travaux et des Jours)


Un cadavre entre les lignes


Actu-philosophia.com, samedi 19 juin 2010, par Geneviève Morel à propos du livre de Michel Onfray : Le crépuscule d’une idole. L’affabulation freudienne.

Le nom de Freud, dont l’œuvre est entrée en 2010 dans le domaine public, est plus que jamais sur toutes les lèvres, et nombre d’articles de presse ont été consacrés, en ce début d’année, à de nouvelles traductions en français (trois en six mois rien que pour le Malaise dans la culture). Espérant surfer sur cette vague puissante pour ravir à son profit, grâce aux média télévisuels, l’attention du grand public, Michel Onfray a écrit, d’une seule traite et en fort peu de temps, un ouvrage de 600 pages [1], dont la visée est une sorte de vulgarisation antipsychanalytique. Le crépuscule d’une idole [2] tente en effet de populariser les thèses du récent Livre noir de la psychanalyse, discuté âprement dès sa sortie en 2005 par les psychanalystes, mais passé inaperçu du grand public, et dont peu de philosophes avaient pris la mesure délétère.

=> lire la suite http://actu-philosophia.com/spip.php?article236

Dora au pays des merveilles
Emmanuel Fleury  Psychanalyste, Psychiatre, Membre de l'Aleph

Dans son livre, Onfray reproche à Freud de se livrer à une « invention littéraire » dans ses observations cliniques. Il n'en est rien, l'examen de la cure de Dora montre au contraire que ses rêves organisent une fiction par laquelle la souffrance est prise en compte,  l'interprète et lui permettent de se décider pour la voie à suivre.

[Lire la suite de l'article]


Guy Félix Duportail.  Philosophe, Université de Paris 1- Camera obscura- A propos du livre de M. Onfray

                                    Camera obscura


Michel Onfray dans « Le crépuscule d’une Idole, l’affabulation freudienne », aborde la psychanalyse de la même façon que son Traité d’athéologie a considéré les trois monothéismes, comme autant d’occasions d’hallucinations collectives. Nous sommes donc d’emblée prévenus : en des temps de nihilisme, la psychanalyse est la religion de l’époque d’après les religions. Elle est donc la nouvelle cible de Onfray. La vie d’explorateur de Freud, la scientificité de la psychanalyse, ses guérisons, son rôle émancipatoire de la vie sexuelle, son rôle critique dans la société, tout cela ne relèverait que d’un arrangement frauduleux des faits, d’une réécriture moralisante de l’histoire, bref, d’une affabulation. Pour dissoudre celle-ci, Onfray s’est doté d’un outil. Quel est-il? S’appuyer sur la préface du Gai Savoir de Nietzsche pour en faire un « discours de la méthode ». Comme le miroir inverse la gauche et la droite, ladite méthode apparaît comme une machine à inverser le haut et le bas. Le procédé est simple: toute idée ou doctrine (toujours prétendument haute) exprime en vérité le corps de son auteur. En outre, tout corps se réduit in fine à ses besoins physiologiques ou instincts (toujours bas). La machine à renverser l’idole est alors prête à fonctionner. Toute « carte postale » freudienne (entendons, selon Onfray, tout cliché ou image pieuse, en lesquels consisterait l’affabulation comme totalisation des clichés) aura sa « contre carte postale », c’est-à-dire sa  remise à l’endroit. Soit l’exemple de la carte postale suivante: « le complexe d’Œdipe est universel ». Réduit au corps de son auteur, cela nous donne : «la psychanalyse est une discipline vraie et juste tant qu’elle ne concerne que Freud et personne d’autre ». L’universalité prétendue de l’oedipe deviendrait donc une affabulation d’artiste ou de philosophe rentré, dont la vérité serait singulière. En fait, ce serait Freud et lui seul qui aurait voulu coucher avec sa mère et tuer son père. Le complexe d’oedipe serait donc un tropisme existentiel de la vie du seul Sigmund Freud, un schéma individuel que ce dernier aurait voulu étendre à l’humanité toute entière, à l’instar de saint Paul à la suite de sa vision du Christ. La thèse générale de Michel Onfray repose donc sur une hypothèse simple voire simpliste: « La psychanalyse constitue l’exégèse du corps de Freud – et rien d’autre ». Le diagnostic corrélatif tombe alors comme un couperet: Freud, quand il prétend faire de la science, prend son cas pour une généralité. Autrement dit, il nous berce d’illusions dont il est grand temps de se débarrasser. Car le cas est grave, le sujet d’énonciation de la proposition « le complexe d’oedipe est universel » est un corps freudien agité de passions tristes, très tristes même. Ce corps serait toxique. L’envie, la jalousie, la passion de l’inceste, le désir de tuer, le disputent à l’ambition, à la falsification et au mensonge. Le corps de Freud serait donc une « chambre obscure » (sic), « pleine de rats crevés, de serpents vindicatifs, de vermines affamés… » (sic), dont Nietzsche, notons-le en passant, aurait la « clé ». Contre le récit de la légende dorée, Onfray se propose même d’exhiber des preuves factuelles pour toutes ces passions sombres et ratages divers du « chamane viennois ». Freud aurait ainsi entretenu des relations incestueuses avec ses filles, souhaité la mort de son fils à la guerre, trahi ses amis, commis l’adultère avec sa belle sœur pour laquelle il se serait fait ligaturer les canaux spermatiques en vue de meilleures performances sexuelles, aurait poussé sa fille Anna vers l’homosexualité, se serait compromis avec les fascistes, sans parler de ses échecs thérapeutiques, etc…

Tout cela suscite plusieurs réserves critiques de notre part. Tout d’abord l’accumulation systématique de traits négatifs sur la vie et la pratique de Freud sur près de six cent pages crée un indéniable malaise. Après tout, tout accusé à droit à une défense. Le procès est mené exclusivement à charge. Ce qui est troublant, c’est que le geste de Onfray, dans sa recherche de l’infamie attendue sous l’hagiographie, finit par ressembler à s’y méprendre à ce qu’il reproche à Freud, à savoir la construction d’un fantasme individuel – celui de la chambre obscure de Freud - dans un style anti-philosophique, (au sens du XVIIIè siècle, d’un opposant aux Lumières), volontiers médisant. L’arroseur est aussi bien l’arrosé. Loin d’être une enquête purement factuelle, les traits relevés le sont constamment sur le ton du moraliste. En quoi la prétention à l’universalité et à la science serait-elle répréhensible, si ce n’est pour celui qui en fait a priori une mauvaise valeur? En quoi tâtonner pour mettre au point une technique thérapeutique qui ne soigne pas les maux de l’esprit comme un  médecin guérit des symptômes corporels serait-il un crime, si ce n’est pour celui qui ne voit le corps que comme un soma et jamais comme une chair qui ne s’oppose pas justement à l’esprit? En quoi brouiller la frontière du normal et du pathologique – et mettre fin au mythe nietzschéen de la grande santé des hommes supérieurs - serait-il particulièrement blâmable? Un préjugé axiologique indiscuté parce que présupposé comme indiscutable sous-tend en permanence le propos de la contre-légende, et cela au point qu’un débat contradictoire sur les faits en question et sur les valeurs présupposées est absolument requis pour voir clair dans un livre supposé guérir des hallucinations mais plein de fumées.     

Autre indice du peu de philosophie présente. Onfray ne revient  jamais sur ses propres prémisses. Il est passablement dogmatique. Car, demanderons-nous, si la psychanalyse se réduit à la vie corporelle de Freud, alors faudrait-il encore savoir répondre à des questions simples comme « un corps est-il vraiment réductible à l’instinct? », «qu’est ce que le corps d’un auteur? », « le corps est-il une biographie ? ». Des questions de ce genre ne sont jamais soulevées. Une ou deux citations de Nietzsche font autorité dès le départ et mettent sur orbite une pensée qui tourne en rond pour les besoins d’une condamnation annoncée. En fait, de par son manque de radicalité philosophique, le livre d’Onfray va très probablement produire l’effet inverse à celui escompté et nous ne prenons pas de grands risques à prophétiser qu’il viendra renforcer la religiosité qui règne effectivement dans les milieux analytiques. 
 
Toutefois, au-delà de ce constat d’échec prévisible, nous voudrions insister sur un point qui nous semble important. Avec « Le crépuscule d’une Idole » nous assistons à la dislocation du triangle « Freud-Nietzsche-Marx ». Cette brisure mérite qu’on s’y attarde, car elle indique un changement des temps. Que s’est-il donc passé? La critique nietzschéenne de la métaphysique dans son mot d’ordre de dévoilement de l’infamie du Dasein (l’être-là dans l’homme) est devenue, sous la plume de Onfray, une machine de guerre anti-freudienne. Or, quelle est la raison majeure invoquée?  Freud serait un faussaire qui devrait l’essentiel de sa découverte à Nietzsche et qui de surcroît le dénierait. Freud aurait voulu ainsi supprimer Nietzsche (tuer le vrai père de la psychologie des profondeurs), en  faisant croire qu’il avait crée seul une science nouvelle. Freud aurait effacé du même coup la paternité nietzschéenne du concept d’inconscient. Crime de lèse Kaiser Nietzsche donc. On comprend mieux dès lors, d’un point de vue analytique, le dogmatisme de Michel Onfray. Celui-ci est fondé sur la nomination de Nietzsche comme père du concept d’inconscient. C’est Nietzsche qui, pour lui, a la clé de la chambre de Freud, ne l’oublions pas! Cette querelle quant à la paternité d’un concept pourrait sembler bien trop passionnelle pour être prise au sérieux. En fait, comme toute question concernant la paternité, elle est cruciale, car, à travers elle, se joue une question destinale pour le rapport entre philosophie et psychanalyse. 

La revendication passionnée d’un droit à la paternité d’un concept, plutôt que de discuter du contenu et de la validité du concept lui-même, est en effet le symptôme non seulement de l’abaissement inquiétant du niveau du débat public en France, mais aussi de l’effondrement de ce qui tenait lieu de « symbolique » pour la philosophie néo-structuraliste à la fin du siècle dernier. Au vu de l’ampleur du ressentiment, on voit que les dégâts, en termes d’éthique de la discussion, sont considérables. En ce sens, le retour « sauvage » de la philosophie dans le champ de la psychanalyse sous la forme d’un Nietzschéisme agressif et exterminateur est l’indice d’une situation de crise intellectuelle à laquelle psychanalystes et philosophes feraient bien de prêter attention, car ils en sont pleinement co-responsables. 

A l’horizon, il s’agit en effet de créer une alternative moins barbare et conceptuellement plus féconde. Pour paraphraser Schopenhauer, nous dirons, pour terminer, que (im)moraliser sur Freud est facile, mais que fonder philosophiquement la psychanalyse est difficile. Dans les deux cas, Michel Onfray en aura produit la parfaite démonstration.   

                      Guy Félix Duportail.  Philosophe, Université de Paris 1.



 
 

Colloque à Toulouse

Télécharger le programme sous forme de PDF =>
11e colloque de l\\\\\\\'ALEPH Toulouse


6 novembre 2010
11e colloque de l’A.l.e.p.h. Colloque franco-allemand
Dessins de lettres  II
Psychanalyse, littérature, cinéma.

Salle du Sénéchal 17 rue du Rémusat, 31000 Toulouse



Préambule
Le succès du colloque de Lille en mars 2010 nous conduit cette année à étaler le fruit de notre travail sur deux sessions. Ceci est lié tant à l’ampleur du thème abordé, qu’au nombre important et à la qualité des propositions qui nous sont parvenues. C’est donc la deuxième partie d’un projet de travail tournant autour de l’articulation toujours enrichissante de la psychanalyse et de la littérature que nous nous proposons d’exposer à Toulouse en novembre 2010.

Argument du colloque
En  1908, Sigmund Freud compare la littérature à une activité « de fantasme ». Son article va plus loin que le titre ne le laisserait entendre : il ne suffit pas de fantasmer pour écrire.  Le fantasme soutient le désir, il ouvre une fenêtre sur le réel –  Fenêtre sur cour, le film d’Alfred Hitchcock, illustre bien cette « ouverture ». Mais le désir, bien qu’articulé, reste inarticulable, comme l’observe Lacan. Et le réel ne pointe, la plupart du temps, que sous la forme de l’angoisse dans l’embrasure de la fenêtre du fantasme.
Aussi est-ce par le rejet que réagit l’être parlant à l’impossibilité d’exprimer son désir et à l’angoisse causée par le réel. Il ne veut rien en savoir : il refoule ou rejette son désir et fuit le réel. Cependant, depuis la nuit des temps, le chant des sirènes attire les poètes. L’écriture leur permet de les approcher, mais ils restent attachés au mât d’une réalité rassurante, ainsi qu’Ulysse sur son navire.
Féru de lettres, grand lecteur de Shakespeare et jaloux de certains écrivains comme Arthur Schnitzler, Freud a frayé une autre voie vers ces zones où l’homme rencontre son destin. Il a inventé la psychanalyse dont on peut, avec Lacan, définir l’objectif : libérer le désir inconscient par la répétition de la demande, adressée par un sujet à un psychanalyste, de trouver son chemin dans une vie dont le langage voile les vrais enjeux, ceux de la sexualité, et avant tout, la question de savoir si un homme et une femme peuvent se rencontrer.
Dans le projet freudien de fonder de « hautes études » de psychanalyse (La question de l’analyse profane, 1927), la littérature joue un rôle  éminent. Et pourtant, ce n’est par goût des belles lettres. Freud, s’il appréciait le théâtre d’Henrik Ibsen, ne méprisait pas pour autant la littérature mineure (La Gradiva de W. Jensen, par exemple), prenant son matériel là où il le trouvait. Lacan s’oppose à son tour aux lubies des beaux esprits en jouant volontiers sur l’équivoque du mot « lettre » : le « ruissellement des petites lettres » des mathématiques lui importait  autant que celui des textes littéraires.
De tout temps, des hommes et des femmes ont avoué qu’il leur aurait été impossible de se maintenir dans l’existence s’ils n’avaient pas écrit. C’est sur cette fonction salvatrice de la littérature que Lacan pouvait se fonder quand il faisait de celle de Joyce un symptôme, voire un « sinthome ». Terme de l’époque de Rabelais, le « sinthome » désigne sous la plume de Lacan un lien réparateur sans lequel un sujet risque de sombrer dans la folie. À Joyce et quelques autres, l’écriture a servi d’un tel lien. Loin de renforcer le narcissisme ou la simple demande de reconnaissance sociale, l’écriture peut s’avérer nécessaire. Aussi la psychanalyse se laisse-t-elle instruire par la littérature. L’écriture et la psychanalyse sont solidaires puisque toutes les deux, et chacune à sa façon, défendent l’existence du sujet contre la jouissance dévastatrice qui parfois menace de l’annihiler. L’écriture dans ce sens débroussaille « ce qui ne cesse pas de s’écrire » de façon sauvage dans les symptômes morbides. On peut dire que le sinthome littéraire est un antidote du symptôme ravageur. À cet égard, le psychanalyste qui veut dissoudre ce dernier par son interprétation doit beaucoup apprendre des poètes. 
Non, la psychanalyse ne se laisse ni réduire, ni « appliquer » à la littérature ! L’une rencontre plutôt l’autre sur certains points nodaux de la structure dans laquelle nous évoluons. Nous avons déjà insisté sur la fonction du sinthome. Voici encore deux autres points de rencontres :
1.                      Et l’inconscient et les poètes jouent avec la lettre – mais pas de la même façon, comme on le voit avec  l’auteur de Finnegans Wake, qui était « désabonné à l’inconscient ».
2.                      « La vérité a structure de fiction », rappelle Lacan dans son écrit « Lituraterre ». Certaines œuvres (de Kleist jusqu’à Borges) dramatisent le caractère fictionnel de la vérité tandis  que les paradoxes de la logique  décrivent les voies par lesquelles la vérité se soustrait à la formalisation.
À la différence du signifiant qui représente le sujet, la lettre touche à la jouissance qui, elle, n’est pas représentable. Lacan pense la lettre comme située à la lisière entre le savoir et la jouissance, comme orientée vers ce que Freud, dans son Interprétation des rêves, a appelé  « l’inconnu » (das Unerkannte). Elle ne peut pas représenter mais seulement cerner ce réel.
Notre colloque réunira des chercheurs (en histoire, comme aussi en critique littéraire et artistique), des hommes et des femmes de théâtre ainsi que des psychanalystes. Ils confronteront le fruit de leurs recherches sur les dessins de la lettre, dans le double sens de cette expression : du fait de leurs constellations, les lettres de tout texte littéraire sérieux dessinent la frontière entre le savoir et la terre inconnue à laquelle se heurte ce savoir, montrant ainsi que le savoir lui-même ne nous est pas si familier, même quand nous pensons le maîtriser. « Dessin » renvoie, en plus, à « destin », voire à « destination ». En effet, la lettre entretient aussi une dynamique. C’est pourquoi les chercheurs, orateurs de notre colloque, s’intéresseront également aux voies des lettres quand elles interviennent dans le destin de l’être humain, incarné par les héros des romans de toutes les époques.




Samedi 06 novembre 2010

Salle du Sénéchal, 17 rue de Rémusat, 31000 Toulouse.



9h15

Ouverture du colloque par Jean-Paul Kornobis, membre de l’A.l.e.p.h.

9h 30-11h
Présidence, Jean-Paul Kornobis


Eric Le Toullec
—    Un regard étrangement inquiétant : Freud-Lubitsch 1919
Sylvie Nève
—    Des auteurs lisent publiquement à voix haute - quand une voix dessine quelque chose...


—Pause—


11h 30-13h
Présidence, Geneviève Morel


Frédéric Yvan
—    Lettres de lieux, ruines et figures du réel
Pascal Bataillard 
—    Nabokov le nymphome ou, le sinthome d’après Joyce


—Pause déjeuner—


14h30 -16h00
Présidence, Brigitte Lemonnier


Sylvie Boudailliez
—    Première expérience d’écriture : une agonie
Anne Ermolieff
—    « Je ne veux plus parler, je suis trop en colère »; la lettre entre expériences visuelle et sonore


—Pause—


16h30-18h00

Présidence Franz Kaltenbeck


Sylvain Masschelier
—    L’instance de la lettre d’amour dans l’inconscient
Michael Meyer zum Wischen
—    Marguerite Duras : écrire en marge, au bord de la mer. Réflexions à propos de « Le ravissement de Lol V. Stein »


18h00-18h15 

Conclusion du colloque : Franz Kaltenbeck


Arguments du colloque 

Pascal Bataillard
—    Nabokov le nymphome ou, le sinthome d’après Joyce

Les fréquentes et violentes diatribes de Vladimir Nabokov ont souvent été relevées, souvent par les tenants d’un anti-freudisme de principe qui crurent trouver en lui un allié évident.
Ce qui constituera l’objet de cette communication sera de repérer ce que Freud met en cause pour Nabokov, par-delà la dénonciation d’une police des consciences et de l’inconscient.
En particulier, on s’intéressera à l’insupportable pour Nabokov d’un monde dont il aura été absent avant la naissance et le refus de voir un fondement valide dans ce qui est moqué comme un mauvais vaudeville, la farce amoureuse des parents.
Si Nabokov se détourne de son origine sexuelle, il ne dédaigne pas s’intéresser aux écrivains qui étaient là avant lui et dans lesquels il peut en partie se retrouver. Nous apporterons ici une attention toute particulière à ce que Nabokov lit dans Joyce, à ce qui le lie ou le relie à lui. C’est bien sûr aussi avec Lacan et son hypothèse du sinthome faite pour et avec Joyce que se fera cette lecture.
Cette étude s’appuiera essentiellement d’une part sur Speak Memory, autobiographie impossible et autofaction remarquable dans ses avatars multiples (le titre à lui seul subit de nombreuses métamorphoses), ainsi que sur Lolita, roman qui accoucha de l’archétype de la nymphette pour les décennies qui suivirent.

Pascal Bataillard, Maître de conférence en Littérature de langue anglaise à l’Université Lumière-Lyon 2, est l’auteur d’une thèse intitulée Introduction à l’éthique de James Joyce (Lyon, 1993, sous la direction de Jacques Aubert). Il a publié de nombreux articles, consacrés en particulier à Joyce, Conrad, Carver, McGahern et co-dirigé deux recueils, l’un consacré à Dublinois (Dubliners, James Joyce. The Dead, John Huston. Avec Dominique Sipière. Paris: Ellipses, 2000) et l’autre réunissant des lectures d’inspiration psychanalytique de fictions de langue anglaise (avec Redouane Abouddahab, Écriture et libération : trauma, fantasme, symptôme, Lyon, Merry World, 2009). Il a contribué à la traduction d’Ulysse dirigée par Jacques Aubert (Gallimard, 2004) et travaille à présent à la traduction du dernier roman de A.S. Byatt, The Children’s Book, avec Laurence Petit.


Sylvie Boudailliez
—    Première expérience d’écriture : une agonie

Le cas d’une jeune femme anorexique illustrera comment, pour ce sujet psychotique, une première expérience d’écriture dans une langue étrangère à sa langue maternelle, l’amène à une construction délirante sur le corps appuyée sur la référence biblique au prologue de l’Évangile selon Saint Jean : « Le Verbe s’est fait chair ».
Nous situerons ensuite quelle fonction occupe, dans la pathologie de ce sujet, le passage  par une langue étrangère. Pour cela, nous nous reporterons au texte de Louis Wolfson « Le schizo et les langues »
Enfin, nous verrons comment ses recherches en littérature contemporaine, notamment autour du mouvement Oulipo avec Raymond Queneau, contribuent à une reconstruction de l’image de son corps

Sylvie Boudailliez est psychanalyste à Lille. Présidente de l’A.l.e.p.h. (Association pour L'Étude de la Psychanalyse et de son Histoire) et membre du C.P.-A.l.e.p.h. (Collège de Psychanalystes de l'A.l.e.p.h.), enseignante à « Savoirs et clinique ».


Anne Ermolieff
—    « Je ne veux plus parler, je suis trop en colère » ; La lettre entre expériences visuelle et sonore.

Là où la phrase écrite, contenue par une logique du texte et la grammaire se déchire pour devenir cri, tracé avec rage et douleur, en lettres capitales et en phonèmes
Là, où un roman d’inspiration autobiographique, donné comme un bloc compact, sans chapitre, ni respiration, où cet agencement est l’unité réelle minima, donne accès à la « Langue maternelle » de l’auteur (Josef Winkler), ou, au contraire, des mots, en ordre alphabétique, cherchent à faire remonter une mémoire perdue (« Univers » de Hubert Haddad)
Là où la lettre s’écrit sur le corps, où  la composition filmique se fait superposition de sons, lettres , couleurs et plans différents où la lettre se donne à voir pour ses qualités visuelles inhérentes (Peter Greenaway « Pillow book »)..
Nous tenterons d’aborder d’un point de vue psychanalytique ces différentes façons de matérialiser la parole.


Anne ERMOLIEFF est psychanalyste à Grenoble et membre de l’A.l.e.p.h. et du C.P.-A.l.e.p.h.


Éric Le Toullec
—    Un regard étrangement inquiétant : Freud-Lubitsch 1919

En 1919 à Vienne, dans un pays dévasté par la crise économique de l’immédiate après-guerre, Freud publie son célèbre article sur l’inquiétante étrangeté (Das Unheimliche). Il s’appuie sur une analyse remarquable du conte d’Hoffman « L’homme au sable ». À Berlin, à la fin de cette même année, le cinéaste Ernst Lubitsch sort un film intitulé « Die Puppe » dont le scénario s'inspire directement du corpus hoffmanien sur la poupée. Entre psychanalyse, littérature et cinéma, nous interrogerons ces regards croisés sur la poupée d’Hoffman et tenterons de mettre en lumière sa part d’attraction énigmatique, si singulière dans le champ de la créativité artistique. Au fond, de quoi est-elle le nom?


Eric LE TOULLEC est psychanalyste et psychiatre à Toulouse. Membre de l’A.l.e.p.h. et du C.P.-A.l.e.p.h., enseignant à « Savoirs et clinique ».


Sylvain Masschelier
—    L’instance de la lettre d’amour dans l’inconscient

« Ce qu’il y a de mieux dans ce curieux élan qu’on appelle l’amour, c’est la lettre » disait Lacan durant la séance du 3 février 1972 de son Séminaire …ou pire. De la lettre ouverte au libertin connue comme Apologie de la religion chrétienne, et publiée en 1670 sous le titre des Pensées de Pascal aux Lettres de la Religieuse Portugaise écrites par Guilleragues en 1669 un élan emporte l’angoisse, la souffrance, et la perte qui perdurent dans le travail de la lettre. Angoisse de Pascal perdu devant le vide pliant et cousant ses petits papiers écrits à Dieu, souffrance de Marianne, l’héroïne abandonnée, éperdue par la perte de son amant entre les murs de son couvent récrivant sans cesse son adieu : la lettre est une instance métonymique qui les déplace, peu importe le facteur, peu importe la destination, il faut suivre leur parcours…


Sylvain MASSCHELIER est professeur agrégé de lettres modernes et membre du comité de rédaction de la Revue de psychanalyse « Savoirs et clinique » (Erès).



Michael Meyer zum Wischen
—    Marguerite Duras : Écrire en marge, au bord de la mer. Réflexions à propos de « Le ravissement de Lol V. Stein »

Cet exposé cherche à retracer la genèse du livre 'Le ravissement de Lol V. Stein ' de Marguerite Duras et à élaborer comment elle a trouvé un appui dans son écriture. Le processus d'écriture et l'écrit lui-même peuvent relever chez Duras de la fonction d'un sinthome. C’est dans ce sens que nous examinerons le texte de Duras par rapport aux élaborations théoriques de Lacan. 


Michael Meyer zum Wischen, docteur en médecine, spécialiste en psychothérapie et maladies psychosomatiques, psychanalyste à Cologne, membre de l'Association pour la psychanalyse freudienne (AFP) et de la Société Freud-Lacan, association psychanalytique de Berlin, co-fondateur du collège psychanalytique en Allemagne, membre de l’A.l.e.p.h. et du C.p.-A.l.e.p.h. Publication d'articles, entre autres sur la psychanalyse de la psychose, dans « Jahrbuch für Klinische Psychoanalyse » (annuaire de la psychanalyse clinique), dans la collection de livres « Psychoanalyse », édition « transcript », dans les « arbeitsheften kinderpsychoanalyse » (cahiers de psychanalyse des enfants) et dans la revue « Texte ».

Sylvie Nève
—    Des auteurs lisent publiquement à voix haute – quand une voix dessine quelque chose…

Depuis que Charles Cros, poète et inventeur, eut l'idée du phonographe, des écrivains ont fait entendre la lecture de leurs écrits, à voix haute, enregistrée ou publique, au point même qu'un genre poétique est né après la deuxième guerre mondiale : la poésie sonore. Dès 1948, Antonin Artaud avait voulu faire entendre à la radio sa drôle de voix, immédiatement interdite sur les ondes - Antonin Artaud mourut un mois après l'interdiction de l'émission…
Que dessine donc la voix des écrivains qui se risquent à la faire entendre - Antonin Artaud, Ghérasim Luca, Christian Prigent, Bernard Heidsieck, ...- ?


Poète, née à Lille en 1958, Sylvie NÈve, membre de l’A.l.e.p.h. et du C..P.-A.l.e.p.h., vit et travaille à Arras où elle exerce le métier de psychanalyste. En 30 ans, Sylvie Nève a collaboré à de nombreuses revues de poésies, a publié une dizaine de recueils et pratique depuis de nombreuses années la lecture publique.
Adepte du vers libre, elle réécrit également des contes de Perrault, Poucet, Peaud’âne et Barbe Bleue et en propose des « Poèmes expansés ». Ces contes revisités offrent au lecteur une langue riche et truculente tout en accordant une place importante à la force du signifiant dans le conte populaire.



Frédéric Yvan
—    Lettres de lieux, ruines et figures du réel

Qu’une lettre puisse désigner un lieu signifie la lettre comme formule du lieu. Dès lors, si la lettre concerne la jouissance, la lettre de lieu est figure d’un réel ou plus précisément lettre d’un lieu qui aborde le réel. En ce sens, les lettres de lieux désignent un horizon hors-lieu, c’est-à-dire formulent la structure diaphane de la réalité. Nous chercherons à explorer ce rapport de la lettre au réel hors lieu en nous intéressant à des récits – L’Aleph de J. L. Borges, W ou le souvenir d’enfance de G. Perec, La Maison des feuilles de M. Z. Danielewski – et à des projets architecturaux – House El Even Odd de P. Eisenman – dans lesquels la lettre cerne et dessine la ruine du lieu.


Frédéric YVAN, psychanalyste, architecte et enseignant en philosophie à Lille. Il est membre du comité de rédaction de la revue « Savoirs et clinique », enseignant à « Savoirs et clinique » et membre de l’A.l.e.p.h. et du C.P.-A.l.e.p.h.


Renseignements :
www.aleph.asso.fr


                                                                   

      Bulletin  d’inscription

La participation aux frais  est de 20 €, gratuit pour les étudiant(e)s avec un justificatif. Le chèque  est à adresser à l‘ordre de l’ALEPH à Madame Brigitte Lemonnier, 3 Cité  Riverin, 75010  Paris.   
  •   Nom  ___________________________________________     
  • Prénom  _________________________________________   
  • e-mail  ________________@_________________________   
  •   Adresse  ________________________________________                                                                                               

Signature   



       



 
Dernière modification : 13/07/2010
Clinique du suicide
 

Savoirs et Clinique

Chargement : 89 ms

 
 
Revue de psychanalyse Savoirs et clinique
 
Brochure 2010-2011