Le devenir du psychanalyste
Séminaire de Franz Kaltenbeck
Les interrogations de Sigmund Freud sur la fin de l’analyse commencent dans une lettre à Wilhelm Fliess de 1900. Freud y parle d’un patient dont il n’a pas su lever le symptôme sans reste. « Conclusion asymptotique » qui le laisse « indifférent ». Il garde cette position jusqu’en 1937 quand il critique son élève Sandor Ferenczi pour son ambition thérapeutique exagérée, exprimée dix ans auparavant : aux yeux de Ferenczi une analyse ne pouvait être terminée qu’après la normalisation complète du patient.
Jacques Lacan intervient dans ce débat en 1967, rejetant comme Freud toute furor sanandi, donnant pourtant raison à Ferenczi sur deux points : pour lui aussi, une analyse doit être complète ; et il prend au sérieux l’identité entre l’analyse thérapeutique et l’analyse didactique, suggérée par Ferenczi dès le congrès international d’Innsbruck, en 1927.
Ainsi Lacan affirme-t-il que la cure psychanalytique est plus qu’une thérapie, car elle offre aux analysants qui vont jusqu’à sa fin une voie au-delà de la rémission de leur symptôme : celle d’un processus didactique. En dépliant les formations de leur inconscient - symptômes, rêves, lapsus, actes manqués - à l’intérieur de leur discours, en les déchiffrant, ils acquièrent aussi un savoir-faire et peuvent engendrer un nouveau désir, celui du psychanalyste. Celui-ci s’énoncera dans un acte qui les fait accéder à la place de l’analyste.
La psychanalyse didactique commence à l’entrée du sujet dans la cure qui suppose le transfert. A-t-elle aussi une fin ? Oui, répond Lacan, relevant un certain nombre de phénomènes, liés à la séparation définitive du sujet d’avec son analyste, qui avait soutenu son désir en incarnant pour lui l’objet a (dans le transfert et dans le fantasme). Voici certains de ces phénomènes : la dépersonnalisation, le deuil, la tristesse (« position dépressive ») mais aussi les états quasi maniaques ainsi que la naïveté « dans le passage au désir d’être psychanalyste ». Lacan ne pouvait donner à ces phénomènes, en partie déjà observés par Michael Balint, leur juste place que grâce à une série de dispositifs et concepts : la distinction entre les idéaux de la personnalité (idéal du moi et moi-idéal) et l’objet précieux (agalma) qui soutient le désir, le signifiant déclenchant le transfert, le sujet supposé savoir et, avant tout, la passe, ce moment de conclure de l’analyse où l’analysant poursuit son analyse mais se trouve déjà hors transfert, déployant un savoir qu’il ne partagera plus avec son analyste.
Nous adhérons à la clinique et à la théorie lacaniennes de la fin de l’analyse comme moment où un sujet peut décider de passer lui-même à la place de l’analyste, où il s’autorise à devenir psychanalyste. Mais nous pensons également que ce devenir ne s’éteint pas avec ce qu’on appelle parfois « l’installation » du psychanalyste. Nietzsche préférait le devenir à l’être. Et cette préférence ne vaut nulle part plus que dans la psychanalyse. A l’instar du soignant ou du médecin, le psychanalyste doit être toujours disponible pour ses analysants mais il risque aussi à tout instant de sortir de son discours pour se faire idéal, prophète, pédagogue, voire directeur de conscience. A cause de ce risque, l’analyste ne peut pas se fier à l’être.
Puisque l’exercice de la psychanalyse est un métier qui ne repose pas sur des dogmes mais sur une logique, nous pensons qu’il faut aussi étudier les courants principaux des doctrines analytiques quand on veut évoluer dans celle de Lacan.
Et finalement nous nous intéressons au destin des psychanalystes car malgré toutes leurs faiblesses, ils exercent un métier, non pas « impossible » comme l’écrit Freud, mais exigeant, voire dépassant leur capacité, un métier minoritaire et de plus en plus menacé.
2010-2011
—Le devenir du psychanalyste, séminaire de Franz Kaltenbeck
« Les deux psychanalystes »
Dans « R.S.I. », séminaire du 10 décembre 1974, Jacques Lacan parle de l'effet que le psychanalyste doit avoir et dit à ses auditeurs: Il est (...) indispensable que l'analyste soit au moins deux: l'analyste pour avoir des effets, et l'analyste qui, ces effets, les théorise. On établira dans la séance de la rentrée une liste d'analystes qui remplissent cette condition pour étudier quelques uns de leurs travaux exemplaires. Bien entendu, Lacan y sera, mais aussi d'autres, comme Jean Laplanche et André Green....
Ce séminaire aura lieu de 21 h 15 à 23 h, les : 20 octobre, 17 novembre, 15 décembre 2010, 19 janvier, 16 février, 16 mars, 6 avril, 18 mai et 15 juin 2011 à l’U.r.i.o.p.s.s. – nº34 rue Patou à Lille, métro République. Ouvert à tous, l’inscription est effectuée à l’année 50 €, (t.r. 25 €) en adressant un chèque au nom du Cp-Aleph à : Dr Brigitte Lemonnier, 3 Cité Riverin, 75010 Paris ou, ponctuellement, avec une participation aux frais lors de chaque séance : 8 € (t.r: 5 €). Renseignements : cp@aleph.asso.fr
Pour participer au séminaire de Franz Kaltenbeck «Le devenir du psychanalyste», remplissez ce bulletin d'inscription et adressez- le avec un chèque de 50 € (tarif réduit pour les étudiants de moins de 25 ans : 25 € ) à l'ordre du C.P. - A.L.E.P.H. à : Brigitte Lemonnier, 3, Cité Riverin, 75010, Paris.
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Dernière modification : 07/02/2011