
Association pour L'Étude de la Psychanalyse et de son Histoire et le Collège de Psychanalystes de l'ALEPH
Les dernières actualités A.L.E.P.H et CP-ALEPH
![]() | Autour de Slavoj Zizek Psychanalyse, Marxisme, Idéalisme allemand Sous la direction de Raoul Moati Collection Actuel Marx Confrontation septembre 2010 |
Actualités 

PROGRAMME (en pièce jointe)
DE LA JOURNÉE
10h : accueil
10h30 / 11h30 : Jean-Marc HUITOREL
11H30 / 12H30 : Geneviève MOREL
14h30 / 15h30 : Miguel EGAÑA
15h30 / 16h : danse et pause
16h30 / 17h30 : Franz KALTENBECK
17h30 / 18h00 : film Pierre MOIGNARD
18h00 / 19h00 : Régis MICHEL
20h30 / 22h : sur invitation, film
Geneviève MOREL + débat
Miguel Egaña, « austellung fuhrer »,
collages et encre sur papier (2009)
AVANT
PROPOS 1
De nouveau ouverte au public après trois longues années
de fermeture, la galerie municipale Pictura retrouve sa
liberté de ton avec pour ambition une programmation de
qualité nationale et internationale.
La première exposition, collective, du renouveau de cette
galerie « Apparences de la vie normale » correspond à
la démarche entamée par la nouvelle municipalité d’une
« culture pour tous » qui doit permettre à toutes et tous
d’être sensibilisés par les diverses formes de l’art tout en
maintenant une exigence artistique.
La qualité des intervenants du colloque venus d’horizons
divers (artistes, conservateurs, sociologues, critiques
d’art, philosophes, psychanalystes) montre, s’il en était
besoin, ce souci constant du respect du public et de la
volonté d’ouverture.
Alain Bizeau « Négociation 2 »,
crayon de couleur sur papier (2005)
Christian
ANNEIX
Maire adjoint
à la Culture et
au Patrimoine
AVANT
PROPOS 2
Si la création contemporaine est plus
communément admise en danse, en
théâtre, en musique… elle est, pour les
arts plastiques, souvent plus sujette à débats, notamment
sur son appropriation par le public.
Et pourtant, dans une société actuelle envahie par l’image
et l’objet, l’éclairage du plasticien est précieux sur notre
capacité à voir le monde autrement, à développer une
analyse critique, à prendre le temps de poser des regards
croisés et à en confronter les sens. En cela, l’organisation
de ce colloque sur la Vie Normale prolonge habilement la
diffusion des oeuvres.
L’artiste est celui qui questionne, sa liberté d’expression
est nécessairement intégrée au processus même de la
création. Sans cette liberté, pas de véritable création.
Qu’en est-il alors de la norme dans la création artistique,
l’artiste peut-il réellement y échapper ?
L’artiste serait–il porteur d’un mélange savant entre utopie
et réalisme, entre transmission et invention ?
En tout cas, l’oeuvre demeure à la fois un témoignage et
une occasion formidable de questionnement. Pour celà,
elle est nécessaire.
Philippe Perrot « Est-bien toi Grand-Maman »,
1997, huile et bétadine sur toile
Carole
Lardoux
Direction de
l’Action Culturelle
JE NORME
DONC
J’EXISTE
La norme (du latin norma, « équerre,
règle ») est définie le plus couramment
comme une règle à suivre.
La chose est flou, difficile à cerner
parce qu’elle est lisse. On la reconnaît
justement à ce qu’on ne la voit pas, on ne s’y arrête
pas ; elle est normale tout va bien ! Pour tous, la « vie
normale » semble une association de mots banale.
Pointer du doigt, cette apparence de normalité nous
accule à une réaction en chaîne de questionnement
existentiel qui déstabilise notre apparente tranquillité.
Au collège, les enseignants décrivent ce besoin impérieux
de l’enfant de se fondre dans la masse, de ressembler
aux autres. Plus tard, la mode par exemple, prétend
répondre à la question : Que dois-je faire pour ressembler
à une femme ? Que dois-je faire pour ressembler à un
homme ? Dans le monde du travail, nous sommes tous
confrontés à ces questions ;
Comment dois-je me comporter si je suis : avocat,
pompier, esthéticienne, homme (femme) politique,
conservateur de musée, critique d’art, psychanalyste,
artiste ? La norme veut que les artistes, ex – centriques
par essence, s’attachent à casser nos quotidiens.
L’art, particulièrement l’art contemporain, porteur d’images
qui éveillent la curiosité pourrait donc s’inscrire logiquement
dans l’anormalité. A contrario, les artistes réunis dans
l’exposition « Apparence de la vie normale » nous
montrent des tranches de vie tirées de nos habitudes :
maison, famille, travail, loisirs. Toutes les oeuvres nous
laissent pourtant un sentiment d’inquiétude sourde.
Dans les années 70, une série anglaise « le Prisonnier »*
nous décrivait une île où tout semblait bien rangé, bien
ordonné. Chacun son numéro, des lotissement sortis tout
droit d’une brochure immobilière, des sourires figés, des
vies faites d’habitudes heureuses et tranquilles.
Le n°6 (nous), arrivé là on ne sait comment, on ne sait
pourquoi, n’a qu’une idée en tête : s’évader de ce paradis
artificiel du confort consumériste américain. Inévita-
blement une grosse bulle surmoïque surgit de nulle
part le ramène à sa case. En parallèle des images de
l’exposition le colloque posera des mots sur ces forces
telluriques qui poussent la croûte de nos habitudes de
l’apparence de nos normalités.
Loïc Bodin
Sculpteur
Directeur du pôle
Arts Plastiques de
Cesson-Sévigné
Le Prisonnier (The Prisoner) série
télévisée britannique, créée par George
Markstein et Patrick McGoohan
diffusée entre 1967 et 1968 .
NORMALISATIONVIRTUELLE
Même si ce n’est pas toujours le cas, ceux que leurs
symptômes excluent des normes sociales (difficultés à
trouver du travail, à fonder une famille, à tisser des liens)
font souvent part au psychanalyste de leur aspiration à
« être normal ». On est loin, alors, d’une conception
romantique de la folie comme créative. On peut même
se demander s’il ne s’agirait pas d’une nouvelle forme
de « folie de la normalité » qui ferait tache d’huile en
notre siècle.
Or cette demande de normalité, qui part d’une souffrance
réelle, rencontre une réponse ad hoc dans la prolifération
des psychothérapies cognitivistes qui prônent la
réadaptation sociale et l’ajustage aux normes par divers
(dé)conditionnements.
Folie normale et thérapies du dressage à la normalité
marcheraient alors la main dans la main, dans une
complicité paradoxale où s’entremêlent les relations
complexes du pouvoir et de la résistance.
Immersion, un film de Harun Farocki (2009), montre
comment on soigne les soldats américains traumatisés
par la guerre d’Irak, non sans poser des questions qui
dérangent…
Extrait du film Immersion de Harun Farocki (2009)
Geneviève
Morel
Psychanalyste
LA NORME ET LA
FRONTIÈRE :
PAS DE NORMES,
DES BORNES.
La norme sociale n’est pas la norme de l’art. Qu’est-ce
alors que la norme de l’art ?
La norme de l’art épouse les contours de ce que l’on
s’accordera à appeler la représentation ou, parfois, la
symbolisation.
Outre quelques exemples « limites » (Allan Kaprow,
Thomas Hirschhorn, Bernard Brunon, Gilles Mahé,
Neal Beggs, Lara Almarcegui, Franck Bragigand, entre
autres), j’évoquerai les Lignes d’erre de Fernand Deligny
revisitées par les artistes Berdaguer & Péjus. De ceux-ci,
il sera encore question à travers de leurs Arbres et autres
Psycho-architectures.
La frontière, c’est toujours celle qui courre entre l’art et
le réel. Pas de normes donc, des bornes.
Mannequins reliés - Thomas Hirschhorn (2006)
Jean-Marc
Huitorel
Critique d’art,
commissaire
d‘exposition et
enseignant
DANS LA FOULE
Le Chorégraphe Jazz Wayne Barbaste aborde la question
de la vie normale par le corps.
Une interrogation sur les rencontres possibles entre les
êtres et la place du corps dans notre société.
Question de choix !
Travail interactif danse et vidéo.
Photo : Richard Volante
Pièce chorégraphique (extrait)
Wayne
Barbaste
Chorégraphe
Cie Calabash
LA VIE NUE
Dans sa Critique de la violence (1921), Benjamin évoque
un concept étrange, qui fait encore l’objet de débats
infinis : la vie nue (das bloße Leben). Agamben y a vu la
notion clef du biopouvoir (la nuda vita).
C’est, écrit-il, la vie nue - la vie sans droits - qui définit
le pouvoir souverain dans un monde occidental dont le
paradigme politique n’est plus la cité. Mais le camp.
La vie normale aujourd’hui, c’est la vie nue. On tente
ici d’explorer, par des films admirables (Mik, Farocki,
Khourian, Chen Chieh-jen), jusqu’où va la dérive
liberticide de nos démocraties autoritaires. Totalitaires ?
Vidéo de Hernan Khourian, /Areas/ (2000)
Régis
Michel
Critique d’art,
conservateur
Musée du Louvre
VIE DE CHIEN/
VIE D’ARTISTE
Le thème de cette intervention est une
interrogation sur les relations entre
l’art et la vie.
Le paradigme artistique classique se fonde sur les
notions équivalentes d’oeuvre et de forme : l’oeuvre étant
l’accomplissement d’une forme, et la forme étant ce qui
donne sa raison à l’oeuvre. En conséquences, l’oeuvre,
phénomène pérenne et transcendant, se situe dans
une opposition radicale avec le vivant, caractérisé par sa
fluidité, son évanescence, sa singularité irréductible, etc.
L’avènement de la modernité, à partir du début du XIXe
siècle, opère un renversement total de cet agencement.
Comme l’a montré Michel Foucault, la vie se place
désormais au centre de l’idéologie et de la constitution
même du social, nous engageant désormais dans un
biopouvoir, une biopolitique.
Répondant à ce bouleversement par la mise en place
d’une bioesthétique, l’art, depuis le Romantisme, a fait
à son tour de la vie le fondement tant de sa philosophie
que de sa pratique, jusqu’à faire de la formule l‘art c’est
la vie, sans cesse réitérée de générations en générations,
le résumé idéologique de ses aspirations.
Les conséquences en sont extrêmes : le renoncement
à ce qui se donnait comme constitutif de sa définition,
l’oeuvre, la forme, la transcendance, au profit d’une
immanence recherchée avec la vie même, l’informe,
le transitoire, le mouvant, implique d’une part une
dissolution de la catégorie même de l’art (« tout le monde
est un artiste ») et d’autre part, un changement radical
de perspective : l’artiste, porteur de l’utopie vitaliste,
devient maintenant celui qui non seulement doit se
fondre dans la vie mais surtout se donne pour tâche de
la changer (« changer la vie »), de la rendre plus riche,
plus forte, plus intense, en un mot, plus vivante.
Non content d’être « une promesse de bonheur », l’art
se dégage alors de la vie normale, définie comme sous-
vie, et devient alors, à travers ses hérauts (Novalis,
Nietzsche, etc.), la voie royale qui mène à la Sur-vie.
Miguel
Egaña
Plasticien
universitaire.
« Chienne de Vie », Miguel Egaña,
encre sur papier (2009)
WHO CHOOSETH ME.
NOTES FOR THE MERCHANT
OF VEGAS.
Il y a des lieux où les hommes n’aspirent pas à une
expérience nouvelle. Non, ils aspirent à se libérer de
toute expérience quelle qu’elle soit, ils aspirent à un
environnement dans lequel ils puissent faire valoir leur
pauvreté extérieure, et finalement aussi intérieure, à
l’affirmer si clairement et si nettement qu’il en sorte
enfin quelque chose de valable. Las Vegas est un de
ces lieux. Son décor est parvenu à une forme de réalité
fantasmagorique si radicale que Pierre Moignard choisit
de ne pas incarner la fiction de son film, tirée de la
comédie The merchant of Venice de Shakespeare, par
le jeu d’acteurs.
L’acteur, comme Pasolini le fit dans Orestie Africaine,
est privé de la reconstitution, il ne reconfigure pas
par son jeu un monde autour de lui, tant l’extériorité
est écrasante et fascinante. Ainsi suivant la trame de
l’histoire de Shylock repensée sous la serre chaude de
Vegas et Venice beach, Moignard nous plonge dans les
« villes de rêve » de l’Amérique d’aujourd’hui, comme
il nous avait retenu avec quelques uns de ces motifs
récurrents : dans un sac de couchage aux motifs kaki
dormait là un vagabond de passage. La « chose »
par son contour informe et pathétiquement humain,
offrait l’image presque idéale du devenir pictural de la
morphologie humaine que Moignard n’avait cessé de
traquer jusque là. Elle résumait les contradictions d’une
culture fascinante et cruelle.
Film vidéo , 28mn (2006/2009).
Pierre
Moignard
Artiste
Réalisateur
du film
COMMENT RÉPONDRE
AU CRIME À PARTIR
DE LA PSYCHANALYSE?
Les prisons font beaucoup parler d’elles - de leur état
glauque, de leur surpopulation et de leur transformation
larvée en «asiles de fous» sans vrais moyens médicaux.
Est-ce vraiment ce scandale sanitaire qui les rappelle
sans cesse à notre mémoire? Ou est-ce qu’à travers
notre indignation, pour justifiée qu’elle soit, se dit encore
autre chose, à savoir que nous ignorons presque tout sur
les sources de la violence humaine ? Une ignorance qu’il
faudrait en tout cas réduire pour rendre notre société un
peu plus vivable. En tant que psychanalyste, écoutant
des détenus dans une maison d’arrêt du Nord de la
France afin de déchiffrer leurs destins et leurs actes, je
m’applique à contribuer à cette tâche.
Alien 4, Résurrection - Jean-Pierre Jeunet (1997)
Franz
Kaltenbeck
Psychanalyste
Directeur de la revue
« Savoirs et Clinique »
« LA VIE NORMALE.
RÉCITS DE L’HÔPITAL
D’ARMENTIÈRES »
Projection d’un film, suivi d’un débat*.
Il s’agit d’une série de films documentaires en vidéo HDV,
produits par l’association « Savoirs et clinique pour la
formation permanente en psychanalyse », et réalisés
par Geneviève Morel, psychanalyste. Chaque film est
monté à partir d’un entretien unique avec un patient
de l’hôpital : quelqu’un nous confie, avec ses propres
mots, avec son style souvent très particulier, pourquoi
il vient d’arriver à l’hôpital. Il nous fait le récit de sa vie
en entrant dans les détails d’une façon émouvante, selon
une temporalité qui s’accélère à la fin de l’entretien en
donnant souvent des éléments de réponse aux énigmes
du départ.
Le titre de ces films m’est venu en écoutant les patients
d’Armentières à l’hôpital, lors des entretiens cliniques
du samedi matin. J’ai été frappée par l’aspiration tout
à fait explicite à la normalité de nombre d’entre eux.
Chacun, à sa façon, témoigne, alors qu’il en est le plus
loin, le plus exclu, d’une aspiration, non pas à quelque
chose d’original, de nouveau pour lui, comme ce que
Lacan a appelé un sinthome, sorte de noeud singulier
de fantasmes et de symptômes qui soutient le désir et
la réalité, mais au contraire à un idéal conventionnel,
celui de la norme sociale qu’on pourrait appeler
« travail, propriété, famille ». Ces films nous donnent
donc l’occasion d’interroger le pouvoir des normes et le
rapport à la normalité.
* Projection réservée aux personnes en formation ou en exercice
dans les champs de la psychanalyse, de la psychologie, de
la psychiatrie ou de la santé mentale. Retirer son invitation à
l’adresse mel apparencesdelavienormale@gmail.com en indiquant
nom et profession.
Geneviève
Morel
Psychanalyste
PROGRAMME
DE LA JOURNÉE
10h : accueil
10h30 / 11h30 : Jean-Marc HUITOREL
11H30 / 12H30 : Geneviève MOREL
14h30 / 15h30 : Miguel EGAÑA
15h30 / 16h : danse et pause
16h30 / 17h30 : Franz KALTENBECK
17h30 / 18h00 : film Pierre MOIGNARD
18h00 / 19h00 : Régis MICHEL
20h30 / 22h : sur invitation, film
Geneviève MOREL + débat
Miguel Egaña, « austellung fuhrer »,
collages et encre sur papier (2009)