A.L.E.P.H. & CP-ALEPH Association pour L'Étude de la Psychanalyse et de son Histoire et le Collège de Psychanalystes de l'ALEPH

A.L.E.P.H. & CP-ALEPH

Association pour L'Étude de la Psychanalyse et de son Histoire et le Collège de Psychanalystes de l'ALEPH

 
 
 
 
 
 

Les dernières actualités A.L.E.P.H et CP-ALEPH

Actualites



Un cadavre entre les lignes


Actu-philosophia.com, samedi 19 juin 2010, par Geneviève Morel à propos du livre de Michel Onfray : Le crépuscule d’une idole. L’affabulation freudienne.

Le nom de Freud, dont l’œuvre est entrée en 2010 dans le domaine public, est plus que jamais sur toutes les lèvres, et nombre d’articles de presse ont été consacrés, en ce début d’année, à de nouvelles traductions en français (trois en six mois rien que pour le Malaise dans la culture). Espérant surfer sur cette vague puissante pour ravir à son profit, grâce aux média télévisuels, l’attention du grand public, Michel Onfray a écrit, d’une seule traite et en fort peu de temps, un ouvrage de 600 pages [1], dont la visée est une sorte de vulgarisation antipsychanalytique. Le crépuscule d’une idole [2] tente en effet de populariser les thèses du récent Livre noir de la psychanalyse, discuté âprement dès sa sortie en 2005 par les psychanalystes, mais passé inaperçu du grand public, et dont peu de philosophes avaient pris la mesure délétère.

=> lire la suite http://actu-philosophia.com/spip.php?article236

Dora au pays des merveilles
Emmanuel Fleury  Psychanalyste, Psychiatre, Membre de l'Aleph

Dans son livre, Onfray reproche à Freud de se livrer à une « invention littéraire » dans ses observations cliniques. Il n'en est rien, l'examen de la cure de Dora montre au contraire que ses rêves organisent une fiction par laquelle la souffrance est prise en compte,  l'interprète et lui permettent de se décider pour la voie à suivre.

[Lire la suite de l'article]


Guy Félix Duportail.  Philosophe, Université de Paris 1- Camera obscura- A propos du livre de M. Onfray

                                    Camera obscura


Michel Onfray dans « Le crépuscule d’une Idole, l’affabulation freudienne », aborde la psychanalyse de la même façon que son Traité d’athéologie a considéré les trois monothéismes, comme autant d’occasions d’hallucinations collectives. Nous sommes donc d’emblée prévenus : en des temps de nihilisme, la psychanalyse est la religion de l’époque d’après les religions. Elle est donc la nouvelle cible de Onfray. La vie d’explorateur de Freud, la scientificité de la psychanalyse, ses guérisons, son rôle émancipatoire de la vie sexuelle, son rôle critique dans la société, tout cela ne relèverait que d’un arrangement frauduleux des faits, d’une réécriture moralisante de l’histoire, bref, d’une affabulation. Pour dissoudre celle-ci, Onfray s’est doté d’un outil. Quel est-il? S’appuyer sur la préface du Gai Savoir de Nietzsche pour en faire un « discours de la méthode ». Comme le miroir inverse la gauche et la droite, ladite méthode apparaît comme une machine à inverser le haut et le bas. Le procédé est simple: toute idée ou doctrine (toujours prétendument haute) exprime en vérité le corps de son auteur. En outre, tout corps se réduit in fine à ses besoins physiologiques ou instincts (toujours bas). La machine à renverser l’idole est alors prête à fonctionner. Toute « carte postale » freudienne (entendons, selon Onfray, tout cliché ou image pieuse, en lesquels consisterait l’affabulation comme totalisation des clichés) aura sa « contre carte postale », c’est-à-dire sa  remise à l’endroit. Soit l’exemple de la carte postale suivante: « le complexe d’Œdipe est universel ». Réduit au corps de son auteur, cela nous donne : «la psychanalyse est une discipline vraie et juste tant qu’elle ne concerne que Freud et personne d’autre ». L’universalité prétendue de l’oedipe deviendrait donc une affabulation d’artiste ou de philosophe rentré, dont la vérité serait singulière. En fait, ce serait Freud et lui seul qui aurait voulu coucher avec sa mère et tuer son père. Le complexe d’oedipe serait donc un tropisme existentiel de la vie du seul Sigmund Freud, un schéma individuel que ce dernier aurait voulu étendre à l’humanité toute entière, à l’instar de saint Paul à la suite de sa vision du Christ. La thèse générale de Michel Onfray repose donc sur une hypothèse simple voire simpliste: « La psychanalyse constitue l’exégèse du corps de Freud – et rien d’autre ». Le diagnostic corrélatif tombe alors comme un couperet: Freud, quand il prétend faire de la science, prend son cas pour une généralité. Autrement dit, il nous berce d’illusions dont il est grand temps de se débarrasser. Car le cas est grave, le sujet d’énonciation de la proposition « le complexe d’oedipe est universel » est un corps freudien agité de passions tristes, très tristes même. Ce corps serait toxique. L’envie, la jalousie, la passion de l’inceste, le désir de tuer, le disputent à l’ambition, à la falsification et au mensonge. Le corps de Freud serait donc une « chambre obscure » (sic), « pleine de rats crevés, de serpents vindicatifs, de vermines affamés… » (sic), dont Nietzsche, notons-le en passant, aurait la « clé ». Contre le récit de la légende dorée, Onfray se propose même d’exhiber des preuves factuelles pour toutes ces passions sombres et ratages divers du « chamane viennois ». Freud aurait ainsi entretenu des relations incestueuses avec ses filles, souhaité la mort de son fils à la guerre, trahi ses amis, commis l’adultère avec sa belle sœur pour laquelle il se serait fait ligaturer les canaux spermatiques en vue de meilleures performances sexuelles, aurait poussé sa fille Anna vers l’homosexualité, se serait compromis avec les fascistes, sans parler de ses échecs thérapeutiques, etc…

Tout cela suscite plusieurs réserves critiques de notre part. Tout d’abord l’accumulation systématique de traits négatifs sur la vie et la pratique de Freud sur près de six cent pages crée un indéniable malaise. Après tout, tout accusé à droit à une défense. Le procès est mené exclusivement à charge. Ce qui est troublant, c’est que le geste de Onfray, dans sa recherche de l’infamie attendue sous l’hagiographie, finit par ressembler à s’y méprendre à ce qu’il reproche à Freud, à savoir la construction d’un fantasme individuel – celui de la chambre obscure de Freud - dans un style anti-philosophique, (au sens du XVIIIè siècle, d’un opposant aux Lumières), volontiers médisant. L’arroseur est aussi bien l’arrosé. Loin d’être une enquête purement factuelle, les traits relevés le sont constamment sur le ton du moraliste. En quoi la prétention à l’universalité et à la science serait-elle répréhensible, si ce n’est pour celui qui en fait a priori une mauvaise valeur? En quoi tâtonner pour mettre au point une technique thérapeutique qui ne soigne pas les maux de l’esprit comme un  médecin guérit des symptômes corporels serait-il un crime, si ce n’est pour celui qui ne voit le corps que comme un soma et jamais comme une chair qui ne s’oppose pas justement à l’esprit? En quoi brouiller la frontière du normal et du pathologique – et mettre fin au mythe nietzschéen de la grande santé des hommes supérieurs - serait-il particulièrement blâmable? Un préjugé axiologique indiscuté parce que présupposé comme indiscutable sous-tend en permanence le propos de la contre-légende, et cela au point qu’un débat contradictoire sur les faits en question et sur les valeurs présupposées est absolument requis pour voir clair dans un livre supposé guérir des hallucinations mais plein de fumées.     

Autre indice du peu de philosophie présente. Onfray ne revient  jamais sur ses propres prémisses. Il est passablement dogmatique. Car, demanderons-nous, si la psychanalyse se réduit à la vie corporelle de Freud, alors faudrait-il encore savoir répondre à des questions simples comme « un corps est-il vraiment réductible à l’instinct? », «qu’est ce que le corps d’un auteur? », « le corps est-il une biographie ? ». Des questions de ce genre ne sont jamais soulevées. Une ou deux citations de Nietzsche font autorité dès le départ et mettent sur orbite une pensée qui tourne en rond pour les besoins d’une condamnation annoncée. En fait, de par son manque de radicalité philosophique, le livre d’Onfray va très probablement produire l’effet inverse à celui escompté et nous ne prenons pas de grands risques à prophétiser qu’il viendra renforcer la religiosité qui règne effectivement dans les milieux analytiques. 
 
Toutefois, au-delà de ce constat d’échec prévisible, nous voudrions insister sur un point qui nous semble important. Avec « Le crépuscule d’une Idole » nous assistons à la dislocation du triangle « Freud-Nietzsche-Marx ». Cette brisure mérite qu’on s’y attarde, car elle indique un changement des temps. Que s’est-il donc passé? La critique nietzschéenne de la métaphysique dans son mot d’ordre de dévoilement de l’infamie du Dasein (l’être-là dans l’homme) est devenue, sous la plume de Onfray, une machine de guerre anti-freudienne. Or, quelle est la raison majeure invoquée?  Freud serait un faussaire qui devrait l’essentiel de sa découverte à Nietzsche et qui de surcroît le dénierait. Freud aurait voulu ainsi supprimer Nietzsche (tuer le vrai père de la psychologie des profondeurs), en  faisant croire qu’il avait crée seul une science nouvelle. Freud aurait effacé du même coup la paternité nietzschéenne du concept d’inconscient. Crime de lèse Kaiser Nietzsche donc. On comprend mieux dès lors, d’un point de vue analytique, le dogmatisme de Michel Onfray. Celui-ci est fondé sur la nomination de Nietzsche comme père du concept d’inconscient. C’est Nietzsche qui, pour lui, a la clé de la chambre de Freud, ne l’oublions pas! Cette querelle quant à la paternité d’un concept pourrait sembler bien trop passionnelle pour être prise au sérieux. En fait, comme toute question concernant la paternité, elle est cruciale, car, à travers elle, se joue une question destinale pour le rapport entre philosophie et psychanalyse. 

La revendication passionnée d’un droit à la paternité d’un concept, plutôt que de discuter du contenu et de la validité du concept lui-même, est en effet le symptôme non seulement de l’abaissement inquiétant du niveau du débat public en France, mais aussi de l’effondrement de ce qui tenait lieu de « symbolique » pour la philosophie néo-structuraliste à la fin du siècle dernier. Au vu de l’ampleur du ressentiment, on voit que les dégâts, en termes d’éthique de la discussion, sont considérables. En ce sens, le retour « sauvage » de la philosophie dans le champ de la psychanalyse sous la forme d’un Nietzschéisme agressif et exterminateur est l’indice d’une situation de crise intellectuelle à laquelle psychanalystes et philosophes feraient bien de prêter attention, car ils en sont pleinement co-responsables. 

A l’horizon, il s’agit en effet de créer une alternative moins barbare et conceptuellement plus féconde. Pour paraphraser Schopenhauer, nous dirons, pour terminer, que (im)moraliser sur Freud est facile, mais que fonder philosophiquement la psychanalyse est difficile. Dans les deux cas, Michel Onfray en aura produit la parfaite démonstration.   

                      Guy Félix Duportail.  Philosophe, Université de Paris 1.



 
 

La brochure de Savoirs et clinique est disponible sur le site de Savoirs et clinique Actualités LA LECTURE INSISTANTE (AUTOUR DE JEAN BOLLACK) Centre Culturel International de Cerisy-La-Salle du SAMEDI 11 JUILLET (19 H) AU SAMEDI 18 JUILLET (14 H) 2009

Apparences de la Vie Normale -Colloque, 14 novembre 2009 -Cesson-Sevigné
 
Colloque, 14 novembre 2009

Apparences de la Vie Normale

Auditorium Centre Culturel,
Pôle Arts Plastiques
Cesson-Sevigné

http://www.ville-cesson-sevigne.fr/index.php?page=expositions-pole-arts-plastiques


PROGRAMME (en pièce jointe)

DE LA JOURNÉE

10h : accueil

10h30 / 11h30 : Jean-Marc HUITOREL

11H30 / 12H30 : Geneviève MOREL

14h30 / 15h30 : Miguel EGAÑA

15h30 / 16h : danse et pause

16h30 / 17h30 : Franz KALTENBECK

17h30 / 18h00 : film Pierre MOIGNARD

18h00 / 19h00 : Régis MICHEL

20h30 / 22h : sur invitation, film
Geneviève MOREL + débat


Miguel Egaña, « austellung fuhrer »,

collages et encre sur papier (2009)
AVANT

PROPOS 1

De nouveau ouverte au public après trois longues années
de fermeture, la galerie municipale Pictura retrouve sa
liberté de ton avec pour ambition une programmation de
qualité nationale et internationale.

La première exposition, collective, du renouveau de cette
galerie « Apparences de la vie normale » correspond à
la démarche entamée par la nouvelle municipalité d’une
« culture pour tous » qui doit permettre à toutes et tous
d’être sensibilisés par les diverses formes de l’art tout en
maintenant une exigence artistique.

La qualité des intervenants du colloque venus d’horizons
divers (artistes, conservateurs, sociologues, critiques
d’art, philosophes, psychanalystes) montre, s’il en était
besoin, ce souci constant du respect du public et de la
volonté d’ouverture.


Alain Bizeau « Négociation 2 »,

crayon de couleur sur papier (2005)

Christian
ANNEIX

Maire adjoint
à la Culture et
au Patrimoine



AVANT

PROPOS 2

Si la création contemporaine est plus
communément admise en danse, en
théâtre, en musique… elle est, pour les
arts plastiques, souvent plus sujette à débats, notamment
sur son appropriation par le public.

Et pourtant, dans une société actuelle envahie par l’image
et l’objet, l’éclairage du plasticien est précieux sur notre
capacité à voir le monde autrement, à développer une
analyse critique, à prendre le temps de poser des regards
croisés et à en confronter les sens. En cela, l’organisation
de ce colloque sur la Vie Normale prolonge habilement la
diffusion des oeuvres.

L’artiste est celui qui questionne, sa liberté d’expression
est nécessairement intégrée au processus même de la
création. Sans cette liberté, pas de véritable création.

Qu’en est-il alors de la norme dans la création artistique,
l’artiste peut-il réellement y échapper ?

L’artiste serait–il porteur d’un mélange savant entre utopie
et réalisme, entre transmission et invention ?

En tout cas, l’oeuvre demeure à la fois un témoignage et
une occasion formidable de questionnement. Pour celà,
elle est nécessaire.


Philippe Perrot « Est-bien toi Grand-Maman »,

1997, huile et bétadine sur toile

Carole
Lardoux

Direction de
l’Action Culturelle



JE NORME
DONC
J’EXISTE

La norme (du latin norma, « équerre,
règle ») est définie le plus couramment
comme une règle à suivre.

La chose est flou, difficile à cerner
parce qu’elle est lisse. On la reconnaît
justement à ce qu’on ne la voit pas, on ne s’y arrête
pas ; elle est normale tout va bien ! Pour tous, la « vie
normale » semble une association de mots banale.
Pointer du doigt, cette apparence de normalité nous
accule à une réaction en chaîne de questionnement
existentiel qui déstabilise notre apparente tranquillité.

Au collège, les enseignants décrivent ce besoin impérieux
de l’enfant de se fondre dans la masse, de ressembler
aux autres. Plus tard, la mode par exemple, prétend
répondre à la question : Que dois-je faire pour ressembler
à une femme ? Que dois-je faire pour ressembler à un
homme ? Dans le monde du travail, nous sommes tous
confrontés à ces questions ;

Comment dois-je me comporter si je suis : avocat,
pompier, esthéticienne, homme (femme) politique,
conservateur de musée, critique d’art, psychanalyste,
artiste ? La norme veut que les artistes, ex – centriques
par essence, s’attachent à casser nos quotidiens.

L’art, particulièrement l’art contemporain, porteur d’images
qui éveillent la curiosité pourrait donc s’inscrire logiquement

dans l’anormalité. A contrario, les artistes réunis dans
l’exposition « Apparence de la vie normale » nous
montrent des tranches de vie tirées de nos habitudes :
maison, famille, travail, loisirs. Toutes les oeuvres nous
laissent pourtant un sentiment d’inquiétude sourde.

Dans les années 70, une série anglaise « le Prisonnier »*
nous décrivait une île où tout semblait bien rangé, bien
ordonné. Chacun son numéro, des lotissement sortis tout
droit d’une brochure immobilière, des sourires figés, des
vies faites d’habitudes heureuses et tranquilles.

Le n°6 (nous), arrivé là on ne sait comment, on ne sait
pourquoi, n’a qu’une idée en tête : s’évader de ce paradis
artificiel du confort consumériste américain. Inévita-
blement une grosse bulle surmoïque surgit de nulle
part le ramène à sa case. En parallèle des images de
l’exposition le colloque posera des mots sur ces forces
telluriques qui poussent la croûte de nos habitudes de
l’apparence de nos normalités.


Loïc Bodin

Sculpteur

Directeur du pôle
Arts Plastiques de
Cesson-Sévigné

Le Prisonnier (The Prisoner) série
télévisée britannique, créée par George
Markstein et Patrick McGoohan
diffusée entre 1967 et 1968 .



NORMALISATIONVIRTUELLE

Même si ce n’est pas toujours le cas, ceux que leurs
symptômes excluent des normes sociales (difficultés à
trouver du travail, à fonder une famille, à tisser des liens)
font souvent part au psychanalyste de leur aspiration à
« être normal ». On est loin, alors, d’une conception
romantique de la folie comme créative. On peut même
se demander s’il ne s’agirait pas d’une nouvelle forme
de « folie de la normalité » qui ferait tache d’huile en
notre siècle.

Or cette demande de normalité, qui part d’une souffrance
réelle, rencontre une réponse ad hoc dans la prolifération
des psychothérapies cognitivistes qui prônent la
réadaptation sociale et l’ajustage aux normes par divers
(dé)conditionnements.

Folie normale et thérapies du dressage à la normalité
marcheraient alors la main dans la main, dans une
complicité paradoxale où s’entremêlent les relations
complexes du pouvoir et de la résistance.

Immersion, un film de Harun Farocki (2009), montre
comment on soigne les soldats américains traumatisés
par la guerre d’Irak, non sans poser des questions qui
dérangent…


Extrait du film Immersion de Harun Farocki (2009)

Geneviève
Morel

Psychanalyste



LA NORME ET LA
FRONTIÈRE :
PAS DE NORMES,
DES BORNES.

La norme sociale n’est pas la norme de l’art. Qu’est-ce
alors que la norme de l’art ?

La norme de l’art épouse les contours de ce que l’on
s’accordera à appeler la représentation ou, parfois, la
symbolisation.

Outre quelques exemples « limites » (Allan Kaprow,
Thomas Hirschhorn, Bernard Brunon, Gilles Mahé,
Neal Beggs, Lara Almarcegui, Franck Bragigand, entre
autres), j’évoquerai les Lignes d’erre de Fernand Deligny
revisitées par les artistes Berdaguer & Péjus. De ceux-ci,
il sera encore question à travers de leurs Arbres et autres
Psycho-architectures.

La frontière, c’est toujours celle qui courre entre l’art et
le réel. Pas de normes donc, des bornes.


Mannequins reliés - Thomas Hirschhorn (2006)

Jean-Marc
Huitorel

Critique d’art,
commissaire
d‘exposition et
enseignant



DANS LA FOULE

Le Chorégraphe Jazz Wayne Barbaste aborde la question
de la vie normale par le corps.

Une interrogation sur les rencontres possibles entre les
êtres et la place du corps dans notre société.

Question de choix !

Travail interactif danse et vidéo.


Photo : Richard Volante

Pièce chorégraphique (extrait)

Wayne
Barbaste

Chorégraphe

Cie Calabash



LA VIE NUE

Dans sa Critique de la violence (1921), Benjamin évoque
un concept étrange, qui fait encore l’objet de débats
infinis : la vie nue (das bloße Leben). Agamben y a vu la
notion clef du biopouvoir (la nuda vita).

C’est, écrit-il, la vie nue - la vie sans droits - qui définit
le pouvoir souverain dans un monde occidental dont le
paradigme politique n’est plus la cité. Mais le camp.

La vie normale aujourd’hui, c’est la vie nue. On tente
ici d’explorer, par des films admirables (Mik, Farocki,
Khourian, Chen Chieh-jen), jusqu’où va la dérive
liberticide de nos démocraties autoritaires. Totalitaires ?


Vidéo de Hernan Khourian, /Areas/ (2000)

Régis
Michel

Critique d’art,
conservateur
Musée du Louvre



VIE DE CHIEN/
VIE D’ARTISTE

Le thème de cette intervention est une
interrogation sur les relations entre
l’art et la vie.

Le paradigme artistique classique se fonde sur les
notions équivalentes d’oeuvre et de forme : l’oeuvre étant
l’accomplissement d’une forme, et la forme étant ce qui
donne sa raison à l’oeuvre. En conséquences, l’oeuvre,
phénomène pérenne et transcendant, se situe dans
une opposition radicale avec le vivant, caractérisé par sa
fluidité, son évanescence, sa singularité irréductible, etc.

L’avènement de la modernité, à partir du début du XIXe
siècle, opère un renversement total de cet agencement.
Comme l’a montré Michel Foucault, la vie se place
désormais au centre de l’idéologie et de la constitution
même du social, nous engageant désormais dans un
biopouvoir, une biopolitique.

Répondant à ce bouleversement par la mise en place
d’une bioesthétique, l’art, depuis le Romantisme, a fait
à son tour de la vie le fondement tant de sa philosophie
que de sa pratique, jusqu’à faire de la formule l‘art c’est
la vie, sans cesse réitérée de générations en générations,
le résumé idéologique de ses aspirations.

Les conséquences en sont extrêmes : le renoncement
à ce qui se donnait comme constitutif de sa définition,
l’oeuvre, la forme, la transcendance, au profit d’une
immanence recherchée avec la vie même, l’informe,
le transitoire, le mouvant, implique d’une part une
dissolution de la catégorie même de l’art (« tout le monde
est un artiste ») et d’autre part, un changement radical
de perspective : l’artiste, porteur de l’utopie vitaliste,
devient maintenant celui qui non seulement doit se
fondre dans la vie mais surtout se donne pour tâche de
la changer (« changer la vie »), de la rendre plus riche,
plus forte, plus intense, en un mot, plus vivante.

Non content d’être « une promesse de bonheur », l’art
se dégage alors de la vie normale, définie comme sous-
vie, et devient alors, à travers ses hérauts (Novalis,
Nietzsche, etc.), la voie royale qui mène à la Sur-vie.


Miguel
Egaña

Plasticien
universitaire.

« Chienne de Vie », Miguel Egaña,
encre sur papier (2009)



WHO CHOOSETH ME.

NOTES FOR THE MERCHANT
OF VEGAS.

Il y a des lieux où les hommes n’aspirent pas à une
expérience nouvelle. Non, ils aspirent à se libérer de
toute expérience quelle qu’elle soit, ils aspirent à un
environnement dans lequel ils puissent faire valoir leur
pauvreté extérieure, et finalement aussi intérieure, à
l’affirmer si clairement et si nettement qu’il en sorte
enfin quelque chose de valable. Las Vegas est un de
ces lieux. Son décor est parvenu à une forme de réalité
fantasmagorique si radicale que Pierre Moignard choisit
de ne pas incarner la fiction de son film, tirée de la
comédie The merchant of Venice de Shakespeare, par
le jeu d’acteurs.

L’acteur, comme Pasolini le fit dans Orestie Africaine,
est privé de la reconstitution, il ne reconfigure pas
par son jeu un monde autour de lui, tant l’extériorité
est écrasante et fascinante. Ainsi suivant la trame de
l’histoire de Shylock repensée sous la serre chaude de
Vegas et Venice beach, Moignard nous plonge dans les
« villes de rêve » de l’Amérique d’aujourd’hui, comme
il nous avait retenu avec quelques uns de ces motifs
récurrents : dans un sac de couchage aux motifs kaki
dormait là un vagabond de passage. La « chose »
par son contour informe et pathétiquement humain,
offrait l’image presque idéale du devenir pictural de la
morphologie humaine que Moignard n’avait cessé de
traquer jusque là. Elle résumait les contradictions d’une
culture fascinante et cruelle.


Film vidéo , 28mn (2006/2009).

Pierre
Moignard

Artiste

Réalisateur

du film



COMMENT RÉPONDRE
AU CRIME À PARTIR
DE LA PSYCHANALYSE?

Les prisons font beaucoup parler d’elles - de leur état
glauque, de leur surpopulation et de leur transformation
larvée en «asiles de fous» sans vrais moyens médicaux.

Est-ce vraiment ce scandale sanitaire qui les rappelle
sans cesse à notre mémoire? Ou est-ce qu’à travers
notre indignation, pour justifiée qu’elle soit, se dit encore
autre chose, à savoir que nous ignorons presque tout sur
les sources de la violence humaine ? Une ignorance qu’il
faudrait en tout cas réduire pour rendre notre société un
peu plus vivable. En tant que psychanalyste, écoutant
des détenus dans une maison d’arrêt du Nord de la
France afin de déchiffrer leurs destins et leurs actes, je
m’applique à contribuer à cette tâche.


Alien 4, Résurrection - Jean-Pierre Jeunet (1997)

Franz
Kaltenbeck

Psychanalyste

Directeur de la revue
« Savoirs et Clinique »



« LA VIE NORMALE.
RÉCITS DE L’HÔPITAL
D’ARMENTIÈRES »

Projection d’un film, suivi d’un débat*.

Il s’agit d’une série de films documentaires en vidéo HDV,
produits par l’association « Savoirs et clinique pour la
formation permanente en psychanalyse », et réalisés
par Geneviève Morel, psychanalyste. Chaque film est
monté à partir d’un entretien unique avec un patient
de l’hôpital : quelqu’un nous confie, avec ses propres
mots, avec son style souvent très particulier, pourquoi
il vient d’arriver à l’hôpital. Il nous fait le récit de sa vie
en entrant dans les détails d’une façon émouvante, selon
une temporalité qui s’accélère à la fin de l’entretien en
donnant souvent des éléments de réponse aux énigmes
du départ.

Le titre de ces films m’est venu en écoutant les patients
d’Armentières à l’hôpital, lors des entretiens cliniques
du samedi matin. J’ai été frappée par l’aspiration tout
à fait explicite à la normalité de nombre d’entre eux.
Chacun, à sa façon, témoigne, alors qu’il en est le plus
loin, le plus exclu, d’une aspiration, non pas à quelque
chose d’original, de nouveau pour lui, comme ce que
Lacan a appelé un sinthome, sorte de noeud singulier
de fantasmes et de symptômes qui soutient le désir et
la réalité, mais au contraire à un idéal conventionnel,
celui de la norme sociale qu’on pourrait appeler
« travail, propriété, famille ». Ces films nous donnent
donc l’occasion d’interroger le pouvoir des normes et le
rapport à la normalité.

* Projection réservée aux personnes en formation ou en exercice
dans les champs de la psychanalyse, de la psychologie, de
la psychiatrie ou de la santé mentale. Retirer son invitation à
l’adresse mel apparencesdelavienormale@gmail.com en indiquant
nom et profession.

Geneviève
Morel

Psychanalyste



PROGRAMME

DE LA JOURNÉE

10h : accueil

10h30 / 11h30 : Jean-Marc HUITOREL

11H30 / 12H30 : Geneviève MOREL

14h30 / 15h30 : Miguel EGAÑA

15h30 / 16h : danse et pause

16h30 / 17h30 : Franz KALTENBECK

17h30 / 18h00 : film Pierre MOIGNARD

18h00 / 19h00 : Régis MICHEL

20h30 / 22h : sur invitation, film
Geneviève MOREL + débat


Miguel Egaña, « austellung fuhrer »,

collages et encre sur papier (2009)

 

Retour

Savoirs et Clinique

Chargement : 79 ms

 
 
Revue de psychanalyse Savoirs et clinique
 
Brochure 2010-2011