
Association pour L'Étude de la Psychanalyse et de son Histoire et le Collège de Psychanalystes de l'ALEPH
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![]() | Autour de Slavoj Zizek Psychanalyse, Marxisme, Idéalisme allemand Sous la direction de Raoul Moati Collection Actuel Marx Confrontation septembre 2010 |

— 14h30-16h Séminaire théorique I
L’œil-écran ou la nouvelle image (1)
Dans ce catalogue(2) richement illustré de l’exposition éponyme dont il est le commissaire, Régis Michel cartographie avec brio le champ de la vidéo des dix dernières années en 40 artistes, 100 œuvres et 12 chapitres thématiques. La vidéo est devenue à la fois un instrument massif de surveillance (Harun Farocki) et une technique artistique dont les œuvres sont peu et mal montrées. R. Michel va à l’encontre de cet état de fait en présentant des œuvres rares qui ont, de surcroît, une grande portée politique et proposent une nouvelle forme de pensée en images, empruntant souvent aux procédés freudiens du rêve.
J’extrairai une seule thèse de cet ouvrage dense dans lequel l’auteur, qui s’appuie sur Gilles Deleuze, fait un usage critique de la psychanalyse. Les femmes, affirme-t-il, jouent les premiers rôles dans l’art vidéo. Cette thèse implique de se demander en quoi ces images filmées par des femmes produisent une nouvelle logique de la féminité.
On s’attendrait à ce qu’un art féministe choisisse pour cible le phallus. Or c’est loin d’être généralisable. Certes, Sam Taylor-Wood filme non sans humour une étoile de ballet au pénis dansant ; dans l’Autriche de Haider, Vanessa Beecroft dénonce le fétichisme masculin avec une installation de femmes maigres, nues et accessoirisées ; Eija Liisa Ahtila met en scène une femme qui frappe son compagnon parce qu’il lui refuse le sexe, etc.
Les artistes d’aujourd’hui ont dépassé le féminisme des années 1970. Ce qui les intéresse est plus troublant ou plus énigmatique.
Ainsi les rapports mère-fille, toujours ravageants : une mère étreint sa fille puis la bâillonne par terre, le son est brouillé et l’on entend seulement des borborygmes angoissants (Gillian Wearing) ; Tracey Moffatt montre l’ambivalence d’une fille aborigène envers sa mère adoptive blanche qui est en train de mourir, etc.
Ou le désir. En quatre vidéos, Salla Tykkä met en scène le même fantasme : une femme est la proie d’un regard tueur (Zoo) ou, à l’inverse, une adolescente fait rendre les armes à un homme par son seul regard (Cave).
Le plus insistant concerne le vide, l’absence et la fragilité de toute identité. Une femme s’absente de son visage (Julia Ventura) ; une autre se dissipe comme de la vapeur d’eau face à son miroir (Elina Brotherus) ; Johanna Billing photocopie des pages blanches (la révolution introuvable) ou filme une plongeuse qui hésite face au vide ; trente ans après, Julieta Hanono revient au « pozo » où elle fut emprisonnée par la dictature argentine pour y filmer son image, comme le fantôme d’une disparue ; Ingrid Wildi écoute son frère, exilé, errant et absent à soi-même ; Mabel Palacín décrit un homme diaphane, qui n’a d’existence que par les films hollywoodiens où il se fond, etc.
Dans ces films sur le sexe, la révolution, le trauma, l’archive ou le deuil, dont traitent aussi des artistes masculins (Guy Maddin, Chen Chieh-jen, Artur Zmijewski, Juan Manuel Echavarría), s’affirme la figure d’une nouvelle vidéaste engagée, d’une femme « pastoute » aurait dit Jacques Lacan (3).
Geneviève Morel, psychanalyste
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16h15-18h Séminaire théorique II
Franz Kaltenbeck
Comme par hasard
Modalités de la parole et des actes dans la psychanalyse
Dans l’existence humaine, le hasard à un double statut. Il est à la fois craint et désiré. L’homme se sent son jouet mais en joue aussi. Il en fait même des maladies. « Ce sont les hasards qui nous poussent à droite et à gauche … », écrit Lacan, et « nous en faisons notre destin ».
Une femme trouve un collier de perles dans la voiture de son mari. Quelques jours auparavant, elle a rêvé qu’il avait rencontré une autre femme. Une fille découvre que sa mère est atteinte d’un cancer quand elle entend le mot « chimio » dans une conversation entre ses parents. Elle n’avait pas voulu voir dans quel état était sa mère. Un voleur « tombe » - c'est-à-dire qu’il est arrêté – dans la maison même où son père a subi une humiliation. Mais avant de commettre son acte, il ne savait pas qu’il était lié à cette maison par le destin de son père. Nous apprenons en effet mainte vérité par hasard et à nos dépens.
Le hasard nous fascine, non sans raisons. N’échappe-t-il pas à nos tentatives pour l’apprivoiser ? N’était-il pas jadis représenté par les agissements des dieux sur terre et incarné par leurs messagers ? Le hasard nous mène vers une altérité qui ne se paie pas de mots, bref au réel.
La complicité entre l’être parlant et le hasard n’a pas échappé à Freud. Il s’en saisit depuis ses trois premiers livres sur l’inconscient pour la détourner à son avantage. Notre inconscient se joue de nous au gré d’un glissement de la langue dans le lapsus, d’une méprise dans l’acte manqué, de la retrouvaille heureuse, dans un rêve, d’un reste diurne avec un désir infantile. Le hasard est donc le levier de ce qui nous détermine.
Le hasard a son mot à dire dans la constitution des symptômes. Tout n’y est pas réglé par la nécessité ni par le déterminisme biologique ou social. Étant donné qu’il agit dès l’instant traumatique, on peut retourner le hasard contre le symptôme. C’est en effet le pas de Freud quand il invente l’association libre, donnant ainsi sa chance à la parole du sujet.
À la différence de la psychothérapie qui veut supprimer le symptôme par des méthodes quelque peu magiques voire parfois cœrcitives, la psychanalyse, a toujours su amener le sujet à ce croisement des chemins où il peut s’affirmer et choisir malgré la dureté du réel.
Nous donnerons les repères théoriques et cliniques nécessaires à l’articulation entre hasard subi et assumé ; nous proposerons un choix de textes et accueillerons les interventions des participants qui le souhaitent, à partir de leurs pratiques respectives.
Les deux séminaires théoriques ont lieu successivement le samedi de 14 h 30 à 16 (G. Morel) et de 16 h 15 à 18 h (F. Kaltenbeck), les 20 octobre, 17 novembre, 15 décembre 2007, 19 janvier, 2 février, 15 mars, 17 mai, 7 juin 2008.
ESC Lille, avenue Willy Brandt, 59777, Euralille, amphi B, métro : Gares.
Ouvert au public
20 E (TR : 8 E.) par séance pour ceux qui ne sont pas inscrits à Savoirs et clinique.